La forêt de Senonches

Extrait du livre « Errances en forêts normandes » Page 264

Des morceaux de chair sont encore visibles sur le poitrail écartelé ; le coupable a signé son méfait de grandes éclaboussures blanches de fiente liquide.  Voir vivre la nature ramène aux besoins essentiels de l’existence. Chacun des habitants de l’univers y mange, y fait l’amour, est le maillon d’une chaîne ou chacun a sa fonction : consommateurs, carnivores, prédateurs. Perdue dans mes pensées, je n’ai pas entendu l’homme arriver et je sursaute au son de la voix rauque : « cherchez pas, c’est un autour des palombes que nous venons de déranger ». ça cogne fort dans ma poitrine et devant mon embarras, le bonhomme éclate d’un rire aigu et surprenant, comme si un tel rire était contenu depuis longtemps dans sa carcasse. Passé de force dans les cordes grinçantes et rouillées de son arrière-gorge, il se déploie maintenant sans retenue, passant le mur du son des dernières lignes de la partition.
Je n’ai pas le temps d’être assaillie longtemps par la peur du loup, juste le temps de penser aux ermites qui vivaient dans les environs et de me rendre compte que celui-ci est du parti des petits lapins, celui chanté par Henri Tachan. L’homme, aussi mince que grand, porte dans ses bras un renardeau…