La forêt de Roumare

Extrait du livre « Errances en forêts normandes » page 131

20 heures. Un voile d’ombre menace la forêt et les yeux s’habituent, petit à petit, à l’obscurité. Les hulottes entament la conversation nocturne. « Hou Hou houhou, mais où te caches-tu ? » Le cri du mâle retentit, s’époumone en trémolos, et s’amplifie dans le silence… Trainante et insistante, un rien mélancolique, la plainte esseulée du chat huant se répète à intervalles réguliers. Rien d’impatient dans l’attente, juste une insistance à la mesure de la nuit qui promet d’être longue et profonde. « Uit, uit, uit, par ici, par ici », aigüe, subtile et légère, la note qui lui répond brièvement est féminine et enflammée. L’ambiance est mise, la nuit sera chaude et pleine de sous-entendus. Déjà, mes oreilles s’exercent à capter le moindre souffle derrière les buissons. La main, mise en cornet derrière le pavillon de l’oreille, permet de faire écran aux bruits parasites et de diriger l’écoute dans la direction voulue. J’emprunte le sentier à gauche de la maison forestière. Enfoncée maintenant dans les ténèbres de la sous-futaie, je n’en mène pas large. Des bruits de branches rompues ont arrêté ma course. De part et d’autre du chemin, les fourrés sont habités. Les souffles sont très proches, des petits cris sont perceptibles, un grognement sourd me cloue sur place. Les cochons, eux aussi, fréquentent les mares ; ceux là ont du profiter de cette chaude fin de journée pour venir s’y abreuver. Ils viandent maintenant dans les fourrés à la recherche de pousses et de racines comestibles.