La forêt de Lyons

Extrait du livre « Errances en forêts normandes » Page 217

Il fait froid mais l’air limpide s’azure d’un vrai bleu ciel. Seules quelques barbes à papa rose pâle s’effilochent en lambeaux nuageux ; je les regarde défiler rêveusement derrière les vitres de la véranda. En hiver, l’oisiveté est une gorgone avec qui on peut facilement devenir amie et voici plusieurs jours que je n’ai pas mis le nez dehors. Dans ma situation que j’estime privilégiée, j’ai pu tordre le cou au dragon de la rentabilité et redécouvrir les vertus de la paresse quand les journées s’étirent et que rien ne presse. Je souris en repensant à cette petite annonce du Chasseur Français : « grande expérience de l’oisiveté, remplacerait personne ne pouvant prendre ses congés ». Même après la fin du travail salarié, il est facile d’être occupé à tout bout de champ ; occupé au point de succomber à son emploi du temps. Moi, je n’ai guère envie de tuer le temps. Ce temps, je veux le vivre non comme si c’était mon dernier jour, mais bien comme si j’avais l’éternité devant moi. Cet heureux état d’esprit m’accompagne pour ma première journée vagabonde en forêt de Lyons.