La forêt d’Eawy

Extrait du livre « Errances en forêts normandes » page 209

Assise à l’aire de piquenique, l’expression « prendre le frais » s’adapte à la situation. C’est plus que l’heure de sortir la thermos remplie de soupe chaude. La première gorgée ranime le feu interne, la deuxième trace son sillage jusqu’à l’estomac, les suivantes sont du velours pour mon palais et serviront de carburant pour repartir un peu plus tard. Je profite maintenant du vol léger de quelques flocons isolés pour respirer l’air du temps.
Bois de Cormont, bois de Beaumont-le-hareng, bois de Cottevrard… Je viens de terminer le tour des bois de Tillo, en sa compagnie, et nous sommes au pied d’un grand hêtre que le forestier a un jour rêvé de voir classé. Au pied de son arbre, il n’est pas grand, Tillo, mais la passion qui l’habite est immense. Elle déborde par tous les pores de sa peau , dans les gestes de ses mains, dans l’étincelle de son regard, dans la gourmandise de ses paroles. Des deux « êtres » je ne sais lequel est le plus majestueux des deux. Façonnés par l’âge, ils ont résisté à bien des tempêtes ; l’un comme l’autre me parlent de la forêt et de ses habitants. A entendre l’ancien entrepreneur de la scierie de Bellencombre, c’est l’air pur et sain du plateau boisé qui l’a aidé à penser clair et simple, qui l’a mené à pouvoir venir respirer et toucher son bois jusqu’à ses vieux jours.