La forêt de Bellême

Extrait du livre « Errances en forêts normandes » page 45

A Verrières chez mon frère, la France profonde ne se dit pas normande mais percheronne. La voisine a le verbe haut et l’accueil sonne comme un clairon: « l’boirez bin un p’tit coup ! Fière de son effet, la bonne femme annonce : « C’é qu’mé brav’s gens, z’avez devant vous une personne qui a vu la chine ! « . Mise en louage à 12 ans dans une ferme, le certificat d’études au fond d’un tiroir, Louisette a perdu son mari l’année dernière. A 80 ans, les billets sortis de dessous le matelas, elle s’est rendue à l’agence de voyages de Mortagne et s’est offert un voyage organisé. Pour elle qui n’était jamais sortie de son village, il fallait quelque chose d’extraordinaire pour une occasion comme celle-ci ; elle est donc partie en Chine.
Comment lui faire comprendre que moi, je veux découvrir la forêt, celle d’à côté, celle de Bellême ? Peut-être aurais-je du lui parler de la Saint Jean. Les plantes cueillies en cette journée de la fin juin sont à couper avant le lever du soleil, quand elles sont encore couvertes de rosée. Elle a peut-être crucifié quelques-unes de ces simples, alors qu’elle était enfant, sur la porte de l’étable familiale pour protéger les vaches laitières d’influences malfaisantes.